Le chafouin

20 août 2017

Un matin et un potentiel certain

Redresser la tête, rentrer le ventre, inspirer profondément et partir à l'action.
Ce matin, je l'appelle "potentiel".
Le soleil rasant me donne fréquemment le sentiment que tout pourrait recommencer à nouveau, là, dans la ville, dans la forêt ou au bord du fleuve.
Mes pas me portent je ne sais où, pressés de me perdre pour que je ne me retrouve plus jamais au même endroit qu'hier.
Comme si de nouvelles fondations pouvaient s'ériger en ce jour nouveau.
Le souvenir douloureux de son beau visage est relégué au loin par la brise amicale et un air aussi réconfortant qu'une bouchée de baklava.
Ce soir se nommera peut-être "déception", assez probablement même, mais avant qu'il ne surgisse, j'ai devant moi un bouquet de moments à aller cueillir.
Des fleurs périssables à l'arôme enivrant.

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19 août 2017

Ô sauvage

Je mords dans la tomate, sa chair encore tiédie par le soleil me donne l'illusion d'être un papou cannibale se goinfrant d'un évangélisateur pas encore tout à fait arrivé au paradis.
Un mouvement brusque attire mon attention à la périphérie de mon champ de vision.
Me penchant vers le sol, je découvre deux insectes en combat au corps à corps.
Une sorte de "fourmi" géante avec des ailes plaque au sol un insecte vert ressemblant vaguement à une sauterelle, en plus laid.
La "fourmi" pèse de tout son poids sur l'autre et commence à essayer de cisailler le crâne de son adversaire à l'aide de ses puissantes mandibules.
Le spectacle est encore plus violent que ces minables séries américaines peuplées de psychopathes et de thanatopracteurs. 
Trop pour moi, je retourne dans mon antre faire un câlin à mes peluches.
Les animaux sont vraiment des sauvages mais, heureusement, nous les exterminons peu à peu.
Français, encore un effort...
Je voudrais juste en conserver un, empaillé au dessus de ma cheminée, de façon à pouvoir, pendant de longues années, le narguer à satiété.

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Waterproof

Les gens ont tendance à ne pas sortir dès qu'une bruine pointe son nez.
Pourtant, l'eau nous est aussi indispensable que la lumière, et notre glorieuse société commercialise nombre de protections vestimentaires thermiques et étanches.
Tu te plains parce qu'il pleut encore ?
Alors que tu sors de la coiffeuse, où tu as passé de longs moments à faire sculpter tes franges, à inventer des couleurs?
Allez, viens, suis moi.
On va rire et danser sous la pluie, tout ceci n'a aucune importance et, je peux te l'avouer, je t'ai toujours trouvé plus belle les cheveux décoiffés.
Sautons dans les flaques, terrassons l'ennui, tenons-nous chaud lorsque la nuit surgit.
Le soleil, c'est pour les tièdes, ceux qui ont le sang trop froid.
Nous, on est chauds à l'intérieur, parce que nos rêves, on y croit.
Ce qui compte n'est pas le temps qu'il fait, mais le temps que tu vois.

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Météo Farce

De nos jours, lorsqu'une averse de quelques gouttes est susceptible de se déverser, Météo France brandit son alerte orage avec la célérité d'un Florent Pagny fuyant le fisc.
Pour se dégager de toute responsabilité, le service prévient donc les français que le ciel risque de postillonner.
Et que l'eau, attention, ça mouille.
Jadis, la populace imputait à dieu ses mésaventures et déceptions.
Avec sa tête de vieux salaud, il faisait un coupable idéal, et les pauvres gens ne songeaient pas à se rebeller contre l'inéluctable car, c'est bien connu, les voies du seigneur sont impénétrables.
De nos jours, les victimes exigent de disposer (à portée de fureur) d'un coupable désigné, ficelé et quasiment lapidé.
Un coupable en chair et en os, personnalisant l'incompétence, la fourberie, l'avarice et la haine.
Le destin, l'aléatoire, le fortuit, le hasard n'ont plus droit de cité; on en oublie que c'est la vie qui est intrinsèquement mortelle et l'être humain souvent détestable.
Météo France, à force de multiplier les alertes orage comme Jésus les petits pains, ne sera plus crédible lorsque de réelles et fortes intempéries frapperont notre pays.
A force de hurler au loup sans l'avoir vu, on ne croit plus en son existence, et un jour on se fait boulotter dans une forêt sombre (comme un vulgaire putois).
Le monde semble, à notre époque, davantage gouverné par les avocats et les assurances que par les hommes d'affaires.
Le droit, comme dieu, ne peut communiquer seul avec les hommes et doit être interprété par les ministres de son culte.
Avocats et juristes tortillent ainsi la loi dans tous les sens jusqu'à ce qu'elle finisse par rentrer dans l'oreille poilue d'un juge à moitié sénile.
La loi est dure mais c'est leur loi.

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Satisfaite ou remboursée

Quelle fureur!
Les veines gonflées de son visage rouge homard laissaient imaginer qu'elle avait testé un nouveau gommage au papier de verre.
Mais que nenni, madame me reprochait amèrement les années qu'elle avait perdues en ma présence.
Comme si j'avais cambriolé furtivement sa jeunesse une nuit de pleine lune, ne laissant sur place que des chairs tombantes et des ridules.
Elle avait peur que le destin ne lui réserve le sort que l'on fait habituellement aux fruits trop mûrs.
Sa revendication principale concernait la nature même de mon être, dont elle avait pourtant connaissance dès le début de nos interactions.
Ses geignements ressemblaient à ceux d'un client dînant dans un restaurant de spécialités suisses et se plaignant de la lenteur du service.
Je lui ai dit :
"On ne change pas la nature des choses, ni celle des êtres, par le simple effet de notre volonté et notre morale.
Il faut prendre le monde tel qu'il est et non tel que nous voudrions qu'il fusse, qu'il soit, qu'il ait été, qu'importe.
Peut-être ai-je été pour toi un rat de laboratoire, le sujet d'un test censé démontrer que tu pouvais influer sur le monde, changer le cours des ruisseaux et modifier l'ellipse lunaire?
Je suis au regret de t'informer que tel n'est pas le cas."
J'ai terminé par un giscardien "au-revoir" et je suis parti (dans la nuit noire).

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18 août 2017

Dédé

Dédé, il a l'alcool un peu mauvais des fois, faut pas se mentir, mais au fond ce n'est pas un mauvais larron.
Simplement, une fois qu'il est parti, le débit de ses paroles fait penser à un torrent impétueux, parfois asséché, d'autres fois furieux.
Il a juste besoin de communiquer beaucoup, souvent, et surtout n'importe comment.
Faut qu'il expulse ses émotions avant qu'elles ne le pourrissent trop de l'intérieur, comme on peut faire un pet quand on est ballonné : ça soulage même si, au fond, ça n'avance pas à grand chose dans la vie.
L'autre jour, en sirotant nos bibines, il m'a lancé :
"J'te le dis, on est tous des cons à se prendre pour le nombril du monde, comme si des milliards d'êtres humains chérissaient notre image le soir avant de s'endormir."
Là, le Dédé exécute un chancelant demi-tour et prend à témoin les rares clients présents dans le bar, en cette agonisante après-midi :
"Oh, réveillez vous les p'tits gars!
Vous croyez que les autres pensent souvent à vous, alors qu'eux aussi se mattent le nombril plus que de raison!
Môman est plus là avec son amour sans condition et ses tétés bien chauds, vous êtes condamnés à la solitude, bande de connards!"
Là, je suis intervenu, ma main sur son bras velu :
"Toudoudédédisdonc, calme toi, tu baves.
Tu m'repayes un coup?"
J'avais très envie de boire à l'oeil et le Dédé, il offre souvent (quand il est chaud) de généreuses tournées; je le connais assez à force de le voir vomir chaque soir.
Même s'il me fallait supporter sa logorrhée encore un peu, la situation restait plutôt rentable pour moi, mon alcoolisme et mon avarice.
On repart donc sur du whisky/picon et Dédé, il repart en péroraison :
" Euh j'disais que personne pense à nous, alors, slurp, faut pas jouer un rôle pour les spectateurs qui sont pas là."
Léon s'est alors levé (en titubant) de son tabouret, il protestait et clamait que sa vie était matée avec amour, exigence et attention par dieu.
Dédé, il s'est emballé :
"Dieu?
Dieu est en RTT, il visite l'univers avec un tour operator.
Il a créé tellement de trucs là-dedans qu'il ne se souvient plus de tout, alors il veut se rafraîchir la mémoire.
Burp.
Et vérifier qu'y a pas une couille qui traîne q'que part à réparer.
Dieu, fallait en profiter y'a 2000 ans, maintenant c'est trop taaaaard".
Il avait prononcé sa dernière sentence avec l'aplomb d'un Galabru (plutôt bien cuit que cru).
Sa voix devenait également pâteuse avec l'avancée des aiguilles, mais il parvint à ajouter encore :
"Moi j'dis qu'y faut être libre d'exister sans devenir l'esclave des envies de l'autre!
Quand on se trouve enfin soi-même, on n'est plus jamais seul.
Moi, j'veux un monde d'écrivains et plus seulement de lecteurs.
J'ai soif de ...."
- "de picrate?" tenta Romarin, confit par la bière trappiste.
- "non, moi j'ai soif d'Aaaaabsolu!
Je veux traquer les traces de divin saupoudrées, quelques fois, dans l'esprit de l'être l'humain.
J'ai pas raison?"
Si, il avait raison, mais personne ne répondit.
Je ne sais si c'était le sky ou le picon,
mais le Dédé, ce soir là, titillait la perfection et suscitait notre franche admiration.
Du moins, avant qu'il ne tombe à terre, car après il fût brouillon.
Il n'empêche, si je dois têter mes goulots en solitude à l'avenir, il me faudra alors payer, tâter les oursins garnissant mes poches et investir financièrement dans ma liquide destruction.
Je n'en ai donc aucunement l'intention.
"- Hé Dédé?
- Gné?
- y te reste une piécette ? "

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Et pis c'est tout

Je ne fume pas, mais force m'est de constater que les têteurs de nicotine sont les vaches à lait aux pis les plus imposants de notre continent.
On les taxe sur la clope, puis sur les substituts nicotiniques, viennent ensuite les cigarettes électroniques...
Je le pressens : dans quelques années on déclarera le tabac illégal pour le remplacer par des feuilles de chicorée.
Dix ans plus tard, un quelconque scientifique pointera du doigt leur dangerosité, encore plus grande que celle du goudron. 
On leur substituera alors des suppositoires à l'eucalyptus.
Mais quinze ans après, face à la recrudescence des cancers de l'anus, le gouvernement imposera de ne plus rien s'introduire du tout et condamnera les récalcitrants à de la prison ferme.
L'histoire humaine est tellement prévisible.

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17 août 2017

Et pis que rien

J'ai cessé toute relation avec mon ex.
Il était très contrariant, vraiment, du genre à entamer une grève de la faim quand je lui proposais d'aller dîner quelque part en ville.
Son hypersensibilité l'incitait à établir une distance entre lui et les événements afin qu'ils ne le heurtent moins violemment.
Ce qui le faisait paradoxalement ressembler à quelqu'un d'assez peu émotif.
Sexuellement, il était difficilement prévisible.
Il arrivait qu'il me culbute trois fois par jour (dans la cuisine, dans la bagnole ou au ciné en plein air), avant de ne plus me toucher pendant de longues semaines.
À ma connaissance pourtant, ce sont les cerfs qui sont soumis à des périodes de rut très brèves, pas les hommes?
Son principal orgueil était de se targuer de mener son existence à l'aune de l'épicurisme; mais si vous savez, cette philosophie qu'on peut résumer en une seule phrase : "On est pas bien là?".
Non mais allô quoi!
La métaphysique à la portée d'un manutentionnaire de chez IKEA.
Tout se démocratise, en particulier la bêtise.
Bien sûr, tout ce que j'aimais chez lui au début est devenu ce que je haïssais à la fin.

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Questions/Réponses

Question, qui sent le vieux fromage, de Waris à Pont-Audemer : pourquoi les après-rasage arrachent-ils autant la tronche?
Mon cher Waris, tu soulèves là une bien épineuse question, à laquelle je vais tâcher de (et échouer à) répondre succinctement.
Depuis plusieurs décennies, l'homme brutal et fort est principalement employé à des tâches tertiaires, répétitives et assomantes d'ennui.
Il ne sollicite plus que rarement sa part sauvage et instinctive, son enveloppe physique devenant peu à peu fort mollassonne.
Donc, afin de se reconnecter à sa part de fauve et de bestialité (pour un prix modique) le mâle aime sentir l'alcool brûler sa peau recouverte de micro-coupures.
Alors, se tapotant les joues en se mattant dans le miroir, l'homme se sent redevenir loup, ours ou même lapin de garenne, tout en conservant l'assurance de ne pas avoir de prédateur plus dangereux que lui-même.
La prochaine question abordée, venant de Cynthia, à La Tronche en Isère, portera sur les prothésistes ongulaires.
À suivre.

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16 août 2017

Jean Genie

Je m'appelle Jean-Gaëtan, j'ai 19ans, lol ça rime!
Je suis créateur de start-ups, avec un "s" car chaque fois ça "start" bien au début, mais après ça crashe, ha ha ha.
Boum, faillite.
Du coup je perds ma mise de départ, c'est embêtant pour mon papa qui me prête l'argent (à taux zéro et sans remboursement).
Il faut dire que je baigne depuis ma sortie de l'utérus dans l'univers du divin entrepreneuriat.
Dès l'âge de 3ans, je moyennais mon caca à ma maman en échange de monnaie bien sonnante.
À 5ans, je tentais de revendre à papa le cadeau reçu au Noël précédent.
La scolarité n'a pas été tendre avec moi, même avec les fortunes dépensées par papa dans des boîtes à bacho.
Je n'ai pas décroché le bac, je n'allais jamais en cours car je préférais me droguer et niquer (pas vous? Honnêtement ?).
Tout compte fait, ce diplôme, aujourd'hui je m'en cogne et vous savez pourquoi ?
Un jour, malgré vos diplômes scintillants d'autosatisfaction et vos CV transpirant la croyance naïve en la méritocratie, un jour donc, vous bosserez pour moi.

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