Le chafouin

21 octobre 2017

Calcul

Arnaud Desjardins explique avoir appris d'un de ses maîtres spirituels que l'amour est un calcul.
Le calcul de ce que je donne à autrui et surtout de ce que l'autre reçoit.
Je peux penser que je donne beaucoup, mais si je le fais d'une telle façon que l'autre ne reçoit rien, ce n'est que de l'énergie gaspillée en pure perte (engendrant de la frustration pour tout le monde).
Dès lors, on peut rationnellement réfléchir :
- qu'est ce que je souhaite offrir à l'autre?
- comment et quand le donner?
- qu'a t'il/elle effectivement reçu ?
- quels sont les moyens de minimiser les pertes entre chaque étape?
- que puis-je attendre, en étant réaliste, de la personne concernée?

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20 octobre 2017

Mur

Le moment passé ensemble a été agréable mais, malgré tout, j'étais très heureux de retourner, juste après, nager dans mon océan de solitude.
Je suis comme le poisson-chat, je survis un certain temps hors de mon milieu naturel, mais l'expérience est surtout positive lorsqu'elle s'achève.
J'aimerais avoir une poignée de chinois sous la main afin qu'ils bâtissent une très grande muraille protégeant mon espace vital.
Mais, à la différence du pékin moyen, les Mongols sont pour moi à la fois tout le monde et personne.

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19 octobre 2017

Ma place

Interné à l'hôpital, une aide soignante me demande ce que je fais là puisque, apparemment, je n'ai pas l'air assez fou pour sembler légitime en ces lieux comparé aux schizophrènes et autres psychotiques portant leurs douleurs en étendards immanquables.
Sur un forum de soutien psychologique, même question, à plusieurs reprises, venant de personnes différentes.
Je navigue constamment dans un entre-deux : trop siphonné pour mener une vie sociale classique de travailleur et d'amitiés, pas assez pour qu'on consente à ce que je vive en marge de la société.
La question qui se pose à moi est donc de savoir où je pourrais me rendre, vivre, pour que la situation soit viable (et vivable) pour moi, tout en étant accepté par autrui pour ce que je suis.

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17 octobre 2017

En phases

Je suis un être de cycles, de phases, de CDD.

J'aime découvrir un nouvel univers, en apprendre les codes et le langage technique.

Il est alors enthousiasmant pour moi de me goinfrer de connaissances nouvelles, tel Cronos dévorant ses enfants.

L'objet de mon attention revêt à mes yeux un caractère fondamental car il permet de combler momentanément le vide existentiel que je ressens, depuis si longtemps.

Puis, il m'arrive souvent d'être repu voire écœuré après avoir trop cédé à une passion monomaniaque.

Je ne veux alors plus guère en entendre parler, j'ai appris que (comme pour tout le reste) le déroulé de la quête est plus important que son dénouement.

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16 octobre 2017

Une seule fois

Je suis couché sur un banc, j'observe les feuilles jaunies du peuplier qui me surplombe, flottant dans une légère brise automnale.

 

Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j'ai considéré que les relations qui me conviendraient le mieux seraient celles s'étalant sur du long terme; afin d'apprendre à connaître l'autre et qu'il m'apprivoise sans doute.

J'imagine qu'ainsi je souhaitais inconsciemment surpasser la perte précoce de mon père en décrétant que toute liaison que je pourrais entretenir à l'avenir le serait pour toujours.

Or, j'ai pris conscience récemment que l'habitude, la longévité d'une relation étaient inévitablement des facteurs de conflits, d'anxiété, de tristesse futurs pour ma pomme.

Avec le temps, l'autre se transforme bien souvent en parodie de lui-même, répétant les sempiternels souvenirs et les réflexions accouchées il y a bien longtemps (avant que leur esprit ne s'assèche comme une momie millénaire).

J'ai l'impression que je pourrais parfois parler à la place des gens, m'habiller, me grimer en eux et donner le change à toutes leurs connaissances.

Cette routine, cette certitude de trouver l'autre inchangé et inchangeable m'angoisse profondément, tout comme me minait mon emploi terriblement asséché de sens et d'un ennui mortel.

J'ai besoin d'air, de nouveautés, de m'intéresser et non plus de ressasser.

J'ai besoin d'être moi, de profiter un peu de mon être maintenant que je l'ai découvert un peu mieux.

Il paraît qu'on ne vit qu'une seule fois.

Je suis passé près d'un cimetière cet après midi, une jolie plate bande de fleurs jouxtait son mur extérieur.

Les végétaux profitaient des corps en décomposition stockés juste à côté pour se nourrir et croître plus vigoureusement.

La mort engendre la vie.

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13 octobre 2017

Gourmandise

Je regarde ma douleur morale avec gourmandise, je m'en lèche même les babines en pensant à la période qui vient, gratinée d'intense solitude existentielle.
Je me délecte lorsque je me vois raser ce que j'avais construit et m'éloigner de ce qui offre parfois un appui pour mon âme maltraitée.

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Caprice de mes deux

2 Oct 2017, 15:40

Les arguments et les raisonnements n'ont plus aucune utilité puisque les mots ne veulent plus rien dire à force d'avoir été rabâchés par des hordes de démagogues manipulateurs.
Depuis quelques années, notamment "grâce" à S. Hessel, beaucoup d'individus se complaisent dans l'indignation.
Ça ne coûte pas cher, ça donne bonnes conscience et réputation, et ça ne crée pas d'entorse au cerveau par des réflexions trop éreintantes.
Un indigné est une personne ne supportant pas que le monde extérieur soit différent du monde qu'il souhaite.
Un capricieux.

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11 octobre 2017

Fermé

Je laisse passer un métro bondé, car j'ai tout mon temps et je n'aime pas être compressé contre des chairs inconnues.
Peu de temps après, je rentre dans un wagon (à moitié rempli cette fois) où j'ai la chance de trouver une place assise et pas trop souillée.
J'observe l'homme se tenant debout contre la barre verticale, je note mentalement les traits de son visage, les reliefs de sa chevelure et la marque de son survêtement au cas où la police me questionnerait après coup sur cet individu, peut-être coupable de mauvais coups passés (ou d'attentats à venir).
Le pire est toujours possible et l'ennemi se dévoile souvent au dernier moment, il convient donc de rester aux aguets.
Le métro pénètre lentement un tunnel, je tourne mon visage vers la vitre opaque afin que la tristesse de ses traits soit moins accessible aux yeux d'autrui.
Par jeu de reflets, j'observe une femme penchée sur un livre, je la trouve belle et je prends plaisir à la regarder à la dérobée.
Je me demande quel peut-être son gâteau préféré, quelle nage elle préfère pratiquer à la piscine et si elle est allergique à une quelconque substance.
Elle porte une chemise à col Mao, un manteau aussi coloré qu'un perroquet et un sac japonais, drôle d'alliage.
Serait-elle volontaire pour enterrer sa destinée et ses ambitions avec moi (et quelques bêtes) dans les bois ?
Je me questionne et je débats intérieurement afin de déterminer si, vraiment, notre histoire pourrait durer plus longtemps qu'un trajet d'une dizaine de stations de métro.
J'ai dû mal à savoir si je préfèrerais qu'elle me donne un fils, une fille, les deux, ou alors juste son amour pour moi tout seul; je n'ai jamais beaucoup aimé partager en vérité.
Perdu dans mes digressions mentales, je reprends pied dans la réalité juste à temps pour voir mon inconnue descendre, prestement, à l'arrêt suivant.
Sans se retourner.
Je poursuis mon parcours souterrain jusqu'au terminus de la ligne, je marche ensuite un petit quart d'heure dans des rues sales; j'ai froid, le vent est acéré comme un Opinel aiguisé, je sens mes os trembler et ma viande se contracter sous l'effet de l'anxiété.
La solitude est tant ancrée en moi que je suis même surpris lorsque je remarque que mon ombre est encore là.
Les regards des quidams transpercent ma peau froide comme des lasers intrusifs, ou des scanners puisant à la source même de mes pensées.
En une fraction de seconde, la foule prend connaissance de mes faiblesses et de mes hontes, j'en ai la soudaine et intime certitude.
Je me sens nu, fragile et épuisé lorsque je parviens, enfin, à accéder aux lieux où je voulais me ressourcer.
Une chaîne... un cadenas... et un panneau qui annonce violemment "fermé aujourd'hui".

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30 septembre 2017

Il courait

Il courait nu, la nuit, dans les cimetières de la cité.
Il justifiait son comportement, auprès de ses notables et bourgeois détracteurs, en proclamant que face à la puissance de la mort, nous étions tous nus et désemparés.

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28 septembre 2017

Shoot to thrill

Je prenais de longs shoots d'odeurs de sous-bois, les notes fortes de décomposition étant contrebalancées par la douceur du (encore) vivant.
Je sentais que mon côté sanglier n'était pas loin de prendre le dessus, tant me venait l'envie de fouiller cet humus avec mon groin.
J'en ai retiré une leçon de vie : il était possible de prendre du bon temps, même là où les glands pullulaient.
Le vent agissait telle une éolienne aidant mon cerveau à se mettre en action de réflexion.
Suite au passage d'une péniche sur le fleuve, de légères vaguelettes sont venues mourir à mes pieds.
Non loin, un pêcheur titillait le poisson, tout en parlant avec son oreillette/micro embarquée.
Adieu la pêche paisible et contemplative à la Gaston Lagaffe, de nos jours les hommes veulent communiquer partout et tout le temps.
Il ne me faisait pas très peur.
Il avait la tête d'un gros chien qui montre les crocs mais qui ronronne dès qu'on le caresse.

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