Une âme effarouchée

19 septembre 2019

Qu'est-ce t'en dis?

Il m'accueillait invariablement chez lui par la question "qu'est-ce t'en dis?", ce qui me laissait perplexe : qu'est-ce ce que j'en disais par rapport à quoi?
À la vie, à l'amour, à la mort? 
Je n'avais d'avis sur rien, je ne savais pas vraiment si j'allais bien ou mal, quel baromètre permet de mesurer ça objectivement ?
Je me disais qu'il était possible après tout que chaque être humain souffre autant que moi, je ne voulais donc pas me plaindre d'une douleur peut-être partagée par tous.
Cela m'étonnait un peu qu'il n'y ait pas plus de gens qui tentent de se suicider, alors que la vie offrait un tel éventail d'insupportables réalités.
Pour ma part, je ne savais si j'étais triste ou heureux, j'étais, voilà tout, je flottais sur la vie qui s'écoulait, je transpirais et tâchais d'être transparent, je ne voulais pas couler mais me lestait pourtant.
"Qu'est-ce t'en dis?", je crois n'avoir pas souvent su (pu) répondre à sa question, j'imagine à quel point c'était frustrant pour lui, ses poules étaient plus bavardes que moi.
J'en disais jamais rien.

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13 septembre 2019

Les gens, les feuilles

Tu fais quoi dans la vie ?
Je... J'arrose les plantes de mon balcon.
*
"(Il écarquille les yeux)
Les gens?
(Il crache par terre) oh je les vois bien les gens, sortir du métro ou descendre du bus, le nez collé à l'écran de leur téléphone comme si c'était le cerveau et l'être humain un simple organe exécutant.
Les gens... (Il renifle bruyamment)
Ils passent la moitié du temps à se droguer, à s'enivrer, pour pouvoir oublier l'autre moitié de la vie qu'ils haissent intensément; voilà ce que c'est les gens... "
*
Enfant couché sur le flanc dans son lit étroit, en attente d'endormissement.
Une bosse au milieu du matelas lui donne l'impression de glisser  à gauche puis à droite tout au long de la nuit.
Il entend son coeur résonner dans son oreille, bruit sourd qui, combiné aux légers frottements de sa tête contre l'oreiller, lui rappelle le pas d'une personne marchant sur un trottoir recouvert d'une épaisse couche de feuilles mortes. Non, ce n'est pas vraiment une personne, une chose plutôt, se rapprochant, pas à pas, de lui à travers les rues de sa cité pour ... pour quoi au juste, ce n'est pas clair, cette chose qui fait tant de bruit en marchant, c'est peut-être la mort simplement.

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10 septembre 2019

Le monde

J'évite d'aller deux fois de suite à la même pharmacie, je change régulièrement de coiffeurs,... 
Je tolère d'être vu, connu puis oublié, mais je supporte mal d'être reconnu, identifié.
C'est comme si chaque témoin supplémentaire de ma vie lestait un peu plus mon quotidien avec ses attentes, ses envies voire son indifférence.
L'autre, en me reconnaissant, me donne la preuve objective de mon existence réelle ; je suis vraiment de et dans ce monde mais ma culpabilité d'exister m'en exclut pourtant et m'empêche d'en faire quelque chose.
Il y a un monde entre le monde et moi.
*
Muriel Pennicaud : "il faut changer de logiciel".
Il ne suffit plus d'être remplacé par des robots, il faut désormais apprendre d'eux afin de leur ressembler le plus possible ; de régulières mises à jour de nos logiciels permettront une parfaite adaptabilité des humains (qui n'en auront bientôt plus que le nom).
LREM : la robotisation en marche.

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30 août 2019

Grand

Il est grand, il mesure 1,86m comme il le déclare avec une certaine gourmandise,
il pense en effet que chaque homme plus petit jalouse sa haute taille.
Et surtout son pote, de moins d'1m70, à qui il affirme qu'on ne voit jamais une femme au bras d'un homme plus petit qu'elle.
Le sous-entendu adressé à son ami semble clair : beaucoup plus de femmes sont susceptibles d'être attirées par moi que par toi.
Il aime faire de grandes théories sur les gens, sur les femmes, sur la drague (il parle de "proies" pour désigner les femmes désirées).
Il affirme qu'il faut toujours suivre son instinct pour être heureux, son véritable être.
Il fait de la musculation, il a déjà pris des stéroïdes dans le passé, il raconte que ça le rendait agressif en boostant sa testostérone, il en était venu à avoir envie de frapper les gens dans la rue.
Il a les expressions et les traits du visage de mon cousin, aussi lui ai-je attribué, de façon automatique, la même personnalité.

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26 août 2019

Pousse hier

Elle me demande de quoi est mort mon père quand j'avais cinq ans et qu'il en avait trente-cinq.
J'hésite, j'oublie ce qui l'a tué, je l'oublie à chaque fois, je confonds angine de poitrine et embolie pulmonaire, ou une forte grippe mal soignée lors d'un séjour touristique à Amsterdam.
J'ai honte d'oublier mais je me rends bien compte que ce trou de mémoire - incompréhensible pour certains - est l'illustration de l'incapacité que je ressens (encore, malgré les années qui filent) de faire face à la mort de mon père durant mon enfance.
Plus tard, à l'église, je lui confie que cette mort prématurée présente aussi un aspect positif : il ne me reste plus qu'un parent à perdre, la moitié de la douleur du deuil je l'ai déjà vécue.
*
Quand ma mère viendra à mourir, une partie de moi succombera avec elle.
Je n'aurai alors plus la légitimité de faire l'enfant comme je le fais actuellement; non je ne pourrai plus être enfant car il n'y aura plus de parent pour me voir interpréter ce rôle.
*
Je fais la poussière, 
Je pousse hier, 
Hors de chez moi, ces restes de toi, 
Je n'en veux pas, je n'en veux pas.

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13 août 2019

Le canard enchaîné

"Quand tu regardes ces canards, t'as pas l'impression que l'être humain s'est fait entuber?"
J'ai sursauté au son de sa voix bourrue, je m'étais légèrement assoupi en regardant l'eau miroiter et les vaguelettes se former sous l'action du léger vent d'août.
"Entuber? C'est à dire?"
"Ben regarde ces canards là, ils font quoi de leurs journées ? La plupart du temps : rien. Ils se grattent avec leur bec, ils se lissent les plumes, ils s'étirent les pattes et les ailes, ils boulottent un peu dans l'eau... [Il faisait les gestes tout en me parlant] C'est tout.
Pendant ce temps, l'humain se prostitue, loue son corps et son esprit, perd sa liberté pendant la majeure partie de ses journées et de sa vie... uniquement pour travailler et survivre.
On est plus cons que des canards, voilà ce que je veux dire."
Je restais pensif un instant, mon esprit n'était guère aiguisé en cette chaude après-midi.
Puis je hasardais :
" mais rien ne protège les canards contre la météo, la famine, les tueries entre mâles, les viols des femelles, les maladies ... Ils ne disposent d'aucune protection contre les aléas de la vie."
"Certes, mais crois tu qu'ils sont pour cela moins heureux de leur sort que les humains ? ils se contentent d'être, fidèles à leur nature, ils ne soumettent pas leur existence en échange d'un peu de sécurité, ils ne prennent pas de pilules pour s'empêcher de se suicider ...
Une vie ne se juge pas à sa longueur mais à la somme des bonheurs qu'elle nous a permis de ressentir".
De fait, j'étais bien obligé de constater que les canards barbotant sur le fleuve face à nous semblaient heureux de leur sort; et eux au moins pouvaient déféquer où bon leur semblait.

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04 août 2019

Shootée

Elle rit franchement, hilare, toutes ses dents souriant à la vie, 
Tout en pleurant abondamment, de grosses larmes s'échappant du coin de ses yeux clos par le poids du plaisir qu'elle ressent.
Et dans le même temps elle pousse aussi de longs soupirs de ravissement; elle s'abandonne enfin et jouit longuement.
Je ris et je pleure un peu aussi en la regardant.
J'ai trouvé finalement ma destinée, ma place sur cette terre et le rôle que dieu veut me voir endosser : rendre cette femme heureuse et shootée par le plaisir, encore et encore.
Me nourrir de ses soupirs, 
Me gaver de ses sourires,
Me goinfrer de sa joliesse
Savourer sa gentillesse.

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25 juillet 2019

Recyclable à vie

Une très vieille dame en fauteuil roulant est stationnée devant l'entrée d'un rayon de supermarché, parquée là par quelqu'un parti chercher un pot de moutarde ou de cornichons.

La vieille dame tient serré contre sa poitrine un sac de course où il est marqué en gros "recyclable à vie".

Je repense à ça parce que la canicule va finir par recycler pas mal de gens... À 42°, la vie n'est plus qu'une immense flaque de transpiration, risque de noyade.

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07 juillet 2019

Filthy habits

Je relis les pages, datant de deux ans, de mon blog annexe, et je me dis que je semblais très nerveux et malheureux à l'époque.
En ce moment, quand je me sens anxieux, je pense au sourire de Sabrina et, instantanément, je me mets à sourire aussi.
Je l'aime et mon amour pour elle est un solide pilier soutenant mon fragile quotidien.
Je positive : si mes plantounes sont mortes à mon retour, je prendrais ça pour un signe du destin et je me forcerais à penser qu'il s'agit d'un mal pour un bien.
Ma réserve actuelle me garantit presque une année de consommation et il faudrait vraiment que je me demande si la substance, après 3 ans de pratique intensive, me sert encore à quelque chose.
Elle ne m'a pas manqué cette semaine, ni en Normandie d'ailleurs au cours de ce récent et revigorant séjour passé avec ma belle au bord de la mer.
Cela m'est donc d'une utilité discutable, le plaisir ressenti est bien moindre qu'auparavant et le stress d'être découvert par le voisinage ou la police est parfois obsédant.
Par ailleurs, cette pratique m'empêche de lire, de réfléchir de façon intense et profonde, de sortir de mon immobilisme et de me forcer à penser à l'avenir (l'avenir bordel, le présent de demain!).
Alors, n'est-il pas temps de faire  cesser cette habitude?

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06 juillet 2019

Aspirations

Je me promène en forêt un matin d'été, avant que les lieux ne soient envahis de moucherons et de randonneurs.
La pluie de la veille, mêlée au soleil du jour, fait ressortir les parfums de la terre, des roches et de la résine.
Je sprinte, je boxe, je saute, je balance des coups de pieds ; je m'étire, je me penche, je lance des cailloux et je chante en poussant ma voix comme je ne le fais jamais chez moi.
Je dois ressembler à un vrai cinglé vu de l'extérieur, heureusement je suis seul dans ces bois, je suis seul et le bien-être circule dans mes veines, fait planer mon esprit plus haut encore que le rapace survolant en ce moment même les sapins odorants.
Je ne désire rien d'autre que de faire durer ces moments, je respire à fond, je dilate mes poumons : j'aspire le monde et la vie.
Je me prends à fantasmer d'une petite maison en pleine nature où je pourrais habiter avec Sabrina et le profond amour que je ressens pour elle.
J'offrirais à ma belle un beau cheval, pour moi ce sera des canards amusants.
Vision réalisable ou rêverie navrante?

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