Le chafouin

14 janvier 2018

Levain

Sur le toit de l'immeuble en face, un corvidé croassait, il semblait courroucé.
Je mangeais distraitement un bout de mon pain au levain naturel en regardant par la fenêtre.
Je me suis demandé comment je réagirais si je pouvais voir toutes les bactéries présentes dans la pièce, et les centaines de milliards d'autres domiciliées en moi.
Je pris conscience de la masse énorme de naissances et de morts survenant en un seul battement de cils.
Il m'est alors apparu clairement que toute vie était le centre de son propre univers, que tout était question d'échelle et de perspective.
Ma réalité avait le mal de mer, je me suis précipité aux toilettes et puis j'ai vomi. 

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13 janvier 2018

Tac tic

L'ennui avec la tactique du "tout ou rien", c'est qu'elle mène plus souvent à rien qu'à tout.
Mais lorsque le tout surgit enfin, il est pleinement dégusté.
Je renonçais finalement à aller la rejoindre.
En effet, j'avais peur de trop apprécier les instants passés en sa compagnie, peur d'y prendre intensément goût, peur d'aimer la vie, enfin, et de répugner à la perdre un jour.
Quand tout va bien, les choses ne peuvent qu'empirer.
Je restais donc seul, la mort ne m'effrayerait pas.
Est-il souhaitable d'obtenir ce qu'on désire ?
L'objectif une fois atteint, ne risque t'on pas  de constater amèrement que, quoi que nous fassions, nous serons toujours le même être, soumis aux mêmes limitations?
Avoir des cibles de vie aux contours flous et flottants présente l'avantage de pouvoir mener une quête jamais désuète car adaptative et non linéaire.
Il me faut donc cultiver de multiples centres d'intérêts et fuir la passion qui se transforme chez moi trop souvent en poison.

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12 janvier 2018

Progrès

On admire souvent les artisans qui peaufinent leurs productions patiemment.
Dans notre vie de tous les jours, la perfection semble pourtant de faire les choses rapidement : il faut aller vite, avant toute autre considération.
Il y a de cela encore peu de temps, nous utilisions avant tout nos propres mains et notre force physique pour effectuer nos travaux d'entretien.
Puis ont surgit des tire-bouchon à pression, des applications automatisées et autres "aides à vivre" ; nous voilà contraint d'acheter des appareils de musculation pour ne pas voir nos corps flétrir à coups d'inactivité. 
Or, au plus l'homme délègue les tâches qu'il juge inintéressantes, au moins il semble heureux de son sort général.
Essayer de contrôler les différents aspects de notre vie, plutôt que les déléguer à un tiers ou une intelligence artificielle, donne le sentiment de pouvoir agir pour l'améliorer plutôt que d'attendre un secours extérieur qui ne vient que rarement.
Notre corps a besoin d'agir, notre esprit de réfléchir et notre libre arbitre veut pouvoir choisir (ou, au moins, en avoir l'impression).
Le progrès, est-ce de dépenser quelques centaines d'euros pour acquérir un robot aspirateur qui fera le ménage à ma place?
Puis de dépenser une somme à peu près équivalente pour m'abonner à un club de fitness où mes exercices physiques compenseront l'activité que je ne déploierais plus avec mon stupide balai 1.0 digne du poussiéreux XXème siècle?
Certes, la vive intelligence artificielle est une avancée par rapport aux coachs sportifs, cons comme des poteaux de volley-ball.
Cependant, cette évolution pose le problème de la capacité d'autonomie des êtres humains.
Les gens ne semblent déjà plus capable de manger, de se déplacer, d'avoir une opinion sans intelligence artificielle qui le soutient comme une nounou multi-compétente.
Ira t'on jusqu'à demander à un algorithme combien on doit utiliser de feuilles de papier toilettes en fonction de l'analyse qu'il fera de nos selles?
Les dévots du progrès se dépêchent d'acquérir des robots avec qui converser, des robots sans bouton d'arrêt, toujours à l'affût d'un mot à enregistrer et d'une pulsion à satisfaire.
Mais plus l'envie est satisfaite rapidement, plus la frustration entre en scène au moindre petit accroc ou délai.
Imaginons un homme faisant connaissance d'une femme autour d'un café ; a t'il réellement envie de la retrouver une minute plus tard jambes écartées sur son lit?
Le désir est aussi une construction, il réclame du temps pour exister, pour se définir et se parfaire.
Si l'on n'y prend garde, la conscience n'aura bientôt plus de rôle à jouer dans notre vie puisque tout s'achètera et se vendra par pure impulsivité.
Plus personne ne tiendra le volant.
*
"Un monde dans lequel nous serions condamnés à faire la course avec les machines pour produire des quantités croissantes de biens de consommation en vaut-il la peine ?
Si nous ne pouvons plus espérer contrôler ce monde, quelle est la valeur de l’être humain ?"
Robert Skidelsky

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Badoum ba

Je me promène dans une ruelle tranquille, je tente de distancer l'angoisse avec des milliers de pas.
Je passe devant une petite maison entourée d'un jardinet; la boîte aux lettres est ornée d'une étiquette sur laquelle est inscrit - en lettres rouge - "pas de publicité", comme si cette dernière était constituée de déchets radioactifs et non d'inoffensifs prospectus papier.
Je bosse dans la pub, vous savez,  c'est un métier très créatif !
En effet, il faut que nous soyons drôlement malins et inventifs afin que notre propagande commerciale pénètre votre cervelet qui vous intimera, dans les allées chichement approvisionnées de votre supérette de quartier, ou sur une plateforme internet fourmillant de rabais, d'acheter des produits dont vous n'avez nul besoin.
Je crée l'envie d'avoir envie et cela n'a pas de prix.

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11 janvier 2018

Pierre philosofric

Tu penses que je suis devenu riche parce que je suis assez malin quand il s'agit de faire fructifier un capital?
Ou crois-tu que j'ai volé, en quelque sorte, l'argent destiné aux pauvres, aux plus nécessiteux que moi ?
Que j'ai exhumé, d'un petit étang vidé, la pierre philosofric, capable de transformer mes sanglots longs en vénérés biftons?
Efface de ton visage ce vilain rictus de jalousie et dis moi tout; je suis assez humble pour avoir la patience de faire semblant d'écouter ta réponse.

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10 janvier 2018

Les dents de l'amer

Ressasser peut être utile parfois, de la même façon qu'on découvre de multiples saveurs à un plat en le mâchant méticuleusement plutôt qu'en l'avalant goulûment.
On digère également mieux les événements quand ils ont été coupés préalablement en petits morceaux.
Ainsi, bien mâchée, la grosse monotonie quotidienne peut se transformer en mets fins.

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09 janvier 2018

Entre chien et loup

Entre chien et loup,
Quand on ne sait plus qui est quoi,
Ni qui l'on est,
Alors surgit un temps,
où le pourquoi cède la place au comment.
*
Je me sens comme un matériau semi-conducteur : certaines émotions me traversent incessament quand beaucoup d'autres n'arrivent pas à percer une seule fois la muraille de ma cervelle.
Ou l'épaisse carne protégeant mon coeur.
*
Il y a des gens qui aimeraient revivre de lointaines époques passées.
Moi, rien que l'idée de recevoir les soins dentaires de la génération précédente me fait frémir d'horreur.
*
"Il est courageux"; si j'étais de mauvaise foi, je dirais que c'est très facile d'être courageux quand on n'a presque jamais peur.
*
J'aimerais être directeur d'institut de sondage et pouvoir exprimer mes opinions en les faisant précéder de "les français pensent que...".
La faiblesse de mon argumentaire serait compensée par la vive popularité de mes idées.
*
Et si, à l'image du yin et du yang, les émotions négatives et celles positives étaient également réparties parmi la population du monde, mais toujours en mouvement?
Le malheur de l'un fait le bonheur d'un autre, le positif/négatif fluctuant entre les gens comme les nuages divaguant dans le ciel.
*
Ob la di, Ob la da, life goes on

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05 janvier 2018

Bordertown

Cette série finlandaise est à l'égale des autres séries nordiques : morne, lénifiante et à l'intrigue guère excitante.
Alors, tour a tour, mon attention déserte le déroulé de l'histoire et se concentre sur des détails : les noms rigolos des villes et des personnages, la neige sur les sapins (c'est toujours joli), la déco intérieure des bâtiments modernes, les massives poitrines nordiques, ...
Si j'aime les séries venant de pays "exotiques", c'est avant tout parce qu'elles offrent a voir des visages d'acteurs étrangers, stars locales de leur tout petit pays et inconnus en France (le centre du monde et du système solaire).
Un air frais qui change agréablement des mâchoires bodybuildées américaines et des acteurs français freluquets trustant les petits et grands écrans.

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02 janvier 2018

Vidange

Ma messagerie internet me demande, périodiquement, de prouver que je suis bien moi (et non pas un vulgaire robot pirate je présume).
Étant donnée ma propension générale au doute, il ne m'en faut pas davantage pour me sentir gagné par la fébrilité.
Alors, pendant quelques secondes, je me demande s'il s'agit vraiment de mon identité personnelle, je me questionne pour savoir si je ne l'ai pas plutôt inventée ou carrément cambriolée dans la vie de quelqu'un d'autre.
J'inspire lentement, l'air est encore frais et neuf, puis je relève la tête en direction du petit square, déserté en cette heure matinale.
Le soleil éclatant rebondit sur la blancheur des troncs de bouleaux qui en deviennent presque aveuglants.
Un pigeon me jette un regard torve en piquant du bout du bec un mégot de cigarette.
Sans trop savoir pourquoi, je me rappelle les propos d'un astrophysicien affirmant que "le vide, ce n'est pas du néant".
J'en déduis qu'il est logique que la non-présence d'un être puisse autant lester mon quotidien.
La coexistence avec les autres, les super- flus et -fétatoires, ne fait que rendre ton absence plus apparente.
C'est que, vois tu, en partant tu as oublié ton ombre, restée près de moi.
Tu n'en as plus besoin, il paraît que là-bas, où tu es maintenant, tout est lumière et rien n'est rampant.
Non, le vide n'est pas le néant, le vide ce n'est pas rien,
le vide est l'absence, et ton absence me vide.

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01 janvier 2018

La nouvelle Obs.

Il y en a qui ont la bosse des maths,
Moi c'est plutôt la bosse des obsessions,
Qui se mue, parfois même, en cratère de volcan,
Lorsque ma boîte crânienne, en surchauffe de questionnements,
éclabousse ma vie d'obsessions en fusion.
Qu'elle soit un fumeux concept ou un être de chair et de sang,
Je cultive l'obsession allègrement,
la faisant grandir en taille, la fertilisant.
Je me dissous dans ma nouvelle vocation,
je me dilue dans l'univers de mon obsession.
Enfin, j'en deviens écœuré et je la mets au rebus,
Je l'appellerai dorénavant détritus.
Loup hurlant à la lubie,
Je cherche un paravent, si possible joli,
pour que soit cachée cette maudite réalité,
Obscène, quand elle est vue trop nue,
Cruelle, quand nous en sommes trop dépourvus.

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