Quel bonheur de déjeuner en terrasse, vraiment.
Tomate/mozzarella et carpaccio de boeuf, grande cuisine maison, facturés dix fois le prix d'achat. 
En terrasse, on voit du monde, on souffre aussi peu de la solitude que sur la ligne 13 de la ratp un soir de semaine.
Une cinquantaine de gueux, de notre genre, entassés sur un coin de trottoir, se touchant des coudes et laissant errer leurs oreilles vers les conversations voisines.
S'ajoutant aux regards des mangeurs,  les yeux des centaines de badauds reluquent nos assiettes, parfois en les commentant ("t'as vu, ça a pas l'air bon").
L'odorat alerté et bientôt envahi par les senteurs automobiles et le merlu de la table n°4.
La serveuse pimbêche marquant son irritation face à l'indécision quant au menu choisi (nous lui avons fait perdre au moins 37 secondes de son temps précieux) puis nous délaissant une bonne demie-heure pour apporter l'addition.
Le thé glacé transformé en thé-tout-court par le soleil écrasant qui ne va pas manquer de nous filer un bon gros mal de crâne pour le reste de la journée.
La clientèle de buveurs et de goinfreurs ayant jeté gaiement leurs habits d'hiver au feu et faisant profiter la ville entière de leurs corps à moitié dénudés, aux deux tiers tatoués et au trois quart dégoûtants.
Vivement novembre.