Putain de crevard!
Oser fourguer son vieux au mouroir, pardon à la maison de retraite, quelle honte!
On ferait mieux d'appeler cela l'antichambre de la mort, où les bien portants se hâtent d'entreposer les inutiles, les puants, les ramollissants, les improductifs.
Les très vieux ont déserté les centres villes et les zones pavillonnaires, on les regroupe en masse, comme on chercherait à endiguer une épidémie (en l'occurence, la mort) en enfermant les malades.
La sénilité, la dépendance, sont-elles des maladies?
Doit-on protéger les yeux de nos bambins si fragiles du spectacle du délabrement physique et mental de leurs aïeux?
L'asile pour vieux... 
Ici, le vieux ou la vieille se fait laver le cul par une aide soignante qui lui demande si ça va mais sans jamais attendre de réponse.
Parfois, je pense à un truc marrant à lui rétorquer, mais au moment de le formuler je m'aperçois que l'aide soignante a déjà quitté ma chambre.
Alors, je me dis que je lui dirai le lendemain, mais, bien sûr, le lendemain j'ai tout oublié.
Pour cette professionnelle de la dépendance, le vieux n'a pas plus d'importance (ni de conscience) que les concombres qu'elle coupe pour se faire du tzatziki les chaudes journées d'été.
De toute façon, comment cela pourrait-il aller?
Nos concitoyens ont pitié et se sentent honteux devant les images de vaches en route pour l'abattoir, mais du moins les animaux ne doivent pas attendre des années dans un local puant la merde entouré de semi-cadavre en fauteuil roulant.
Ici, la seule espérance que l'on a est que la sénilité progresse suffisamment vite pour nous faire oublier que nous ne serons plus jamais libres.
À quoi peut donc servir cette putain d'expérience que j'ai accumulé ma vie durant, à travers les peines et les joies, si je ne peux la transmettre à personne?