"Bon à tout, propre à rien."
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Il mange son tiramisu avec un sentiment de détresse et d'abandon, dans la petite salle du restaurant italien du quartier.
Il était seul, seul donc déprimé.
Lorsqu'aucun regard extérieur ne se porte sur ses actions, il se sent toujours illégitime à éprouver du plaisir.
Prendre du bon temps seul, c'est comme se masturber en cachette, pense t'il, c'est honteux et cela ne sert à rien.
Il faut qu'un ou des autres prennent du plaisir avec lui, ou du moins qu'autrui soit le témoin bienveillant de ses activités pour qu'il consente à les réaliser.
Il veut faire partie d'une bande, d'une meute au sein de laquelle ses faiblesses individuelles soient compensées par la force brutale du groupe social.
Sans témoin, comment savoir si ses souvenirs ne sont pas de pures inventions de son imaginaire ?
Cette idée le fait frémir le soir quand il éteint ses lumières et qu'il s'apprête à s'abandonner au noir sommeil, petite mort quotidienne.
Il veut penser à des amis, et surtout exister dans l'esprit de ces gens, que son monde perdure dans l'âme d'autrui même lorsqu'il dort ou qu'il végète en roue libre.
Sa soif de reconnaissance et son désir d'amour cannibalisent ses pensées, dévorent son agenda.
Il a tellement à offrir au monde...
Un ami à lui, originaire de Provence, lui avait dit un jour en plaisantant qu'un pareil melon "y'en a pas, même à Cavaillon".
Ça avait bien fait rire toute la petite bande; il avait encaissé le coup en arborant un sourire crispé mais en lui, la haine et le désir de vengeance se mirent à clignoter violemment, couleur rouge sang.