Je me réveille assez tard dans ce qui ressemble à une chambre d'hôtel, sans me souvenir clairement de la veille, ni des jours précédents.
J'essaye d'enfiler un t-shirt mais mon bras gauche refuse d'entrer dans la manche du vêtement, je recommence l'opération en grommelant, et cette fois-ci c'est le bras droit qui regimbe.
Je commence à m'impatienter et à me sentir fébrile.
Je sais confusément qu'une femme (mais laquelle?) doit me rejoindre sous peu à un lieu qui m'est également sorti de l'esprit.
Je cesse mes pathétiques efforts pour m'habiller et, torse nu, je déploie une carte de France sur le lit de la chambre.
Une grande zone blanche traverse le pays des Pyrénées à la Normandie, j'ai la certitude que je me trouve quelque part dans ce non lieu, et que l'endroit où je dois me rendre se trouve également dissimulé sous cette mystérieuse bande blanche.
Je consulte ma montre et remarque que l'heure passe à une vitesse folle, je transpire en me disant que jamais je ne parviendrai à retrouver ma dulcinée, dont le visage ne me revient toujours pas.
Je m'assois au bord du lit, pose mes coudes sur mes genoux et me mets à me balancer d'avant en arrière; je ne ressens plus aucun élan en moi, ni aucune volonté de retrouver qui que ce soit, où que ce soit.
Je me dis qu'après tout je pourrais très bien m'installer ici à demeure car ce lieu inconnu présente l'immense avantage de n'être peuplé que de gens ne me connaissant pas.
Un frisson me parcourt lorsque je constate que, mon passé ayant fondu durant la nuit, je suis tout autant un inconnu pour moi-même.
Il y a un miroir dans la salle de bains de ma chambre, je vois un rayon de soleil qui s'y reflète en dansant, je n'ose m'en approcher, je n'ose pas aller me reconnaître.