Il fronce les sourcils, il a l'air mécontent.
Je vois ses lèvres fines et sèches articuler lentement une question qui m'est destinée.
Du moins je le suppose, car je n'entends aucun son sortir de sa bouche, je suis sourd.
J'aimerais m'évanouir pour échapper à ce regard sévère et cette tension lourde comme  une boule de pétanque.
Ou bien devenir liquide et m'écouler entre les coussins du canapé sur lequel je suis assis.
Après une courte pause, il répète sa question.
Il articule chaque syllabe lentement, en ouvrant grand la bouche, comme s'il parlait à un demeuré.
J'aperçois ses canines aiguisées, noircies par la nicotine et je perçois une forte odeur d'alcool et de transpiration émanant de son être.
L'étonnante absence de mon ouïe paraît rehausser mes perceptions olfactives, je décèle ainsi des relents de saucisson à l'ail dans la pièce où nous nous trouvons. 
Les sourcils de l'homme ressemblent à des coups de bâtons, il exige manifestement une réponse de ma part.
Par réflexe de survie, je me recroqueville en moi-même et me réfugie dans les méandres de ma cervelle.
Mon intériorité me sert d'échappatoire, de panic room face à l'animosité que je perçois chez cet homme.
Je ferme les yeux et me concentre très fort, comme si j'étais un magicien capable de disparaître du seul fait de sa volonté.