A peine le temps d'apprendre quelques petites choses
sur la vie que le temps apporte déjà
l'âge qui dévore les mots exprimant ces choses
qui garnissaient la vie.
*
sitôt le corps allongé, les paupières s'écroulent de fatigue,
et vaquent,
dans la tête - posée sur un banc du square Hérold - les pensées
qui finissent par s'échouer encore au même endroit.
Quelle absence désolante de surprise !
Et toujours la vieille
odeur de renfermé,
et l'écho d'anciens sons étouffés, comprimés par le roulement lourd du temps.
*
au-dessus du visage
les faines du hêtre pourpre pendent, se balancent dans le vent avec leurs « poils » et leur air de grotesques testicules.
Le quartier tout autour n'a guère changé
les troènes inondent encore de leur odeur sucrée les allées du parc, comme lors des printemps d'il y a maintenant maints printemps.
Le quartier n'a pas changé
pourtant tout est différent puisque l'écho de nos pas ne résonne plus dans ces allées.
*
Paupières demi ouvertes,
pétales jaunes des cistes caressés par le vent,
corneille qui râle et jamais ne rigole
Il est mort depuis combien de temps maintenant ? quelques années, peut-être même une décennie et ce dont je me souviens le mieux est … son appréciation des aspirateurs sans sacs qui l'avaient profondément déçu « qu'est-ce que ça a de mieux qu'un aspirateur classique puisqu'il faut quand même vider l'appareil ?»
Presque rien d'autre de lui ne subsiste dans ma mémoire
(n'ai-je vraiment pas assez de place, en moi, pour héberger une plus grande quantité d'autrui ?)
*
Bourdonnement des abeilles qui berce,
plongeon dans l'oubli du présent et
sur l'écran des paupières alourdies défilent les images du passé (et inventions délirées) autour de la délicieuse plombière polonaise.
Moi et ma blague placzek !
séchée sur place, pourtant toujours dressée,
quand finira t'elle par s'écrouler ?
the year of the plague
la blague à placzek
l'année desséchée,
le moi soumis
sans aération
de ces mois moisis.
*
Mord à belles dents dans la peau de mes cuisses le soleil conquérant.
Me réveille et me hisse au niveau de maintenant.
Lassé, désexcité
envie d'une nouvelle quête, d'un fantasme inassouvissable,
que s'allume en moi une inédite lubie.
Et pourquoi pas cette rousse qui s'assoit sur le siège en face ?
Ses cheveux s'enflamment dans la flaque de soleil écrasant le tram coincé au milieu d'un carrefour.
Maquillage sophistiqué, visage juvénile en mode insta, tactique tiktok,
air de poupée, couleurs de peau qui semblent trafiquées par un gros processeur quelque part ailleurs.
Pourtant pas d'écran entre ce visage adorable aux traits « parfaits » et la triviale réalité.
Cette rousse, capable de renvoyer les rayons du soleil plus lumineux qu'ils ne lui sont arrivés,
cette frimousse, encore plus irréelle dans ce tramway que projetée sur un espace virtuel,
cette belle pousse sera, c'est décidé, ma prochaine, mon insondable vérité.