À la télé, des publicités se succédaient en vantant des entreprises de pompes funèbres, d'ascenseurs intérieurs et de poêles à bois.
Les vieux, les séniors, devaient être nombreux devant leur poste à cette heure de la journee,  leur pension était clairement ciblée.
Elle, elle était encore jeune, elle changea donc de chaîne.
Un présentateur, en bras de chemise, dirigeait un débat sur l'"overdose fiscale" qui risquait de faire crever le pays.
Elle soupira en éteignant le poste et s'étira sur le canapé couleur taupe.
Assise à table, la petite mangeait sans enthousiasme des frites molles et tièdes.
- il est où papa?
- où est ton père ? Je ne sais pas.
Il préfère habiter le temps que d'occuper l'espace, il est comme ça ton père.
La petite affichait une moue boudeuse; elle ne comprenait décidément rien cette gosse, elle devait tenir davantage de lui que d'elle.
- ton père nous file entre les doigts comme ... (Elle se saisit d'un sablier de cuisine) ... comme des grains des sable.
Il est partout et nulle part, il n'est pas solide.
Il est comme les poussières que tu vois parfois voltiger dans un rayon de soleil.
Il existe ton père, mais il n'est pas...
(Silence)
- y'a du ketchup ?